Une menace connue mais toujours redoutée
Phytophthora infestans, communément appelé le mildiou de la pomme de terre, reste l’une des maladies les plus redoutées par les producteurs. Heureusement, il existe aujourd’hui des solutions efficaces. Cependant, certains développements récents rendent sa gestion plus complexe : l’apparition de souches résistantes, des hivers doux favorisant les sources d’infection et des précipitations estivales intenses entraînant une forte pression de maladie. De plus, la disponibilité des produits de protection évolue également.
Il est donc crucial que les producteurs soient bien préparés pour faire face à cette menace persistante.
Comment le mildiou de la pomme de terre se développe dans la culture
Les tubercules de pomme de terre laissés sur le champ après la récolte sont une source importante d’infection au printemps. Si la saison précédente a connu une forte pression de maladie suivie d’un hiver doux, les nouvelles contaminations peuvent apparaître plus tôt. La maladie se propage ensuite par la pluie et le vent — parfois très rapidement.
Les spores de type oospore, capables de survivre sans hôte, peuvent également rester viables dans le sol et provoquer des infections plus tard dans la saison. Une autre source fréquente d’infection est le plant de pomme de terre contaminé, provoquant des symptômes dès la levée.
La majorité de la propagation se produit durant la saison de croissance végétative. Les premières attaques proviennent souvent des repousses ou de déchets végétaux. Pendant l’été, la pression de mildiou de la pomme de terre augmente fortement. Des périodes prolongées d’humidité sur le feuillage combinées à des températures favorables créent un climat idéal pour le développement de la maladie, surtout si les parcelles ne sont pas protégées par des fongicides préventifs.
Reproduction sexuée et asexuée du mildiou de la pomme de terre. Cliquez ici
Mildiou de la pomme de terresur feuillage et sur tubercules – quelles différences ?
Quand on parle de mildiou de la pomme de terre, on distingue généralement les atteintes foliaires, des tiges et des tubercules. Il s’agit cependant du même pathogène. Une infection peut démarrer dans les tubercules, notamment en cas d’utilisation de plants contaminés ou via des spores présentes dans le sol. Mais le plus souvent, l’infection commence à l’extérieur du champ, via les spores propagées par le vent et la pluie.
Les premiers symptômes sont visibles sur les feuilles : des taches sombres, souvent accompagnées de mycélium blanc sur la face inférieure. La tige peut aussi être infectée, notamment au niveau des aisselles foliaires, formant des lésions brun-noir encerclant la tige. Par temps humide, l’infection peut rapidement atteindre les tubercules, en particulier après des précipitations.
Les produits phytosanitaires sont donc d’abord appliqués pour protéger le feuillage, puis, à partir de la formation des tubercules, l’accent est mis sur la protection de ces derniers.
Mildiou de la pomme de terre et conditions climatiques
Les journées et nuits chaudes et humides de juillet et août — souvent appelées « jours des chiens » — sont idéales pour le développement du mildiou de la pomme de terre. Pendant ces périodes, la rosée persistante et les températures douces favorisent la germination des spores et leur infiltration dans le sol, atteignant les tubercules.
Mais il ne faut pas attendre ces conditions critiques pour intervenir. Le champignon peut rester latent dans la plante, sans symptômes visibles, jusqu’à ce que les conditions deviennent favorables : humidité relative > 90 %, période de mouillage des feuilles de 4 à 8 heures, températures entre 12 et 24 °C. À partir d’un foyer, de nouvelles spores asexuées peuvent se développer et contaminer d’autres plants en quelques jours. D’où l’importance de la protection précoce du feuillage et des tiges.
Schémas de traitement et outils d’aide à la décision (BOS)
Les outils de soutien à la décision (BOS – systèmes d’aide à la décision) aident les producteurs à ajuster le moment des traitements en fonction de la météo et de la pression de maladie. Bien qu’un radar météo soit utile, rien ne remplace une inspection visuelle régulière en champ. Un bon schéma de pulvérisation, élaboré avec votre conseiller, reste essentiel — tout comme une observation rigoureuse pour détecter les premières infections, souvent invisibles depuis le tracteur.
Souches de mildiou de la pomme de terre et résistance
Jusqu’aux années 1980, le mildiou de la pomme de terre ne se reproduisait que de manière asexuée en Europe. Seul le type A1 était alors présent. L’introduction du type A2 en provenance du Mexique a permis la reproduction sexuée, avec pour conséquence la formation d’oospores très résistantes pouvant survivre dans le sol plusieurs années.
Cette recombinaison génétique a rendu le contrôle de la maladie plus complexe. Les variétés résistantes sont plus rapidement contournées, et de nouvelles souches moins sensibles, voire totalement insensibles à certains fongicides, peuvent apparaître. Il est donc essentiel de disposer d’un large éventail de produits préventifs efficaces pour éviter les résistances et les échecs de protection.
Interdiction du mancozèbe en 2022
Depuis 2022, le mancozèbe — un fongicide à large spectre et à mode d’action multi-site — est interdit dans l’Union européenne. Il était pourtant efficace à la fois contre le mildiou de la pomme de terre et contre l’Alternaria. Malgré cette perte, les producteurs peuvent encore compter sur un certain nombre de produits à utiliser selon la pression de maladie et le stade de croissance.
Souches agressives apparues en 2023
L’année 2023 restera gravée dans la mémoire de nombreux producteurs. C’était l’année la plus humide jamais enregistrée, aussi bien en Belgique qu’aux Pays-Bas. Dès l’été, la pression de mildiou de la pomme de terre est devenue intense. Certains produits se sont révélés inefficaces, et de nouvelles souches comme EU-36, EU-43 et EU-46 se sont rapidement propagées — certaines montrant une résistance partielle ou totale à certains produits phytosanitaires.
Le printemps 2024 a également été marqué par des conditions humides persistantes, favorisant une nouvelle fois la propagation rapide de la maladie.
Alterner et combiner reste important
La méthode qui consiste à alterner et combiner les produits a de nouveau prouvé son efficacité en 2024 malgré une forte pression de la maladie. Cette approche est largement soutenue par la science, les conseillers, l’industrie et les cultivateurs. L’objectif est de combattre de façon plus large le champignon, réduisant ainsi la probabilité de nouvelles souches résistantes. Il est conseillé de combiner au moins deux substances actives de différents groupes FRAC par pulvérisation. Ensuite, ces combinaisons de produits doivent être alternées (également appelées alternance).
Produits et substances actives contre le mildiou de la pomme de terre dans les pommes de terre
Les producteurs disposent aujourd’hui encore d’un éventail de produits phytosanitaires contenant une ou deux substances actives. Ces produits sont souvent utilisés en combinaison, selon la pression de maladie et la phase de croissance. Les schémas de traitement sont généralement élaborés en concertation avec un conseiller spécialisé.
Pour un aperçu actualisé des substances autorisées et des combinaisons recommandées, consultez le schéma interactif de BO Akkerbouw.
https://www.bo-akkerbouw.nl/files/Pdfs-algemeen/Actieplan/Kleurenschema-middelengebruik-Phytophthora.pdf
La plupart des produits contre le mildiou de la pomme de terre contiennent une ou deux substances actives. Pour éviter les résistances, il est conseillé d’alterner les produits. En savoir plus sur notre page dédiée à Canvas.
Histoire et avenir de la lutte contre le mildiou de la pomme de terre
Le mildiou de la pomme de terre a une histoire longue et marquée. La famine irlandaise entre 1840 et 1845 en est le triste exemple, provoquée par ce même « mildiou de la pomme de terre ». Deux siècles plus tard, nous disposons de meilleures connaissances, de techniques de culture avancées et de produits performants. Mais la lutte est loin d’être terminée.
Sustainable Potato Platform
L’offre de produits phytosanitaires (chimiques) permettant de lutter efficacement contre le mildiou (mildiou de la pomme de terre) est sous pression. L’interdiction du mancozèbe en 2022 a notamment conduit à la disparition d’un produit multi-site à large spectre. Le recours à des produits plus spécifiques favorise l’apparition rapide de résistances — ce qui s’est effectivement confirmé après 2022.
Les sélectionneurs poursuivent inlassablement leurs efforts pour développer de nouvelles variétés résistantes. Pourtant, on constate régulièrement que la résistance dite « intégrée » peut être rapidement contournée. C’est pourquoi la plateforme Sustainable Potato Platform de Nufarm met l’accent sur l’utilisation stratégique des variétés résistantes pour une culture durable. Il est donc essentiel de préserver les gènes de résistance de ces variétés. Nufarm plaide ainsi pour des combinaisons intelligentes de solutions (biologiques) et de variétés résistantes.