Des solutions largement utilisées
Le désherbage d’automne occupe une place stratégique dans les céréales à paille. En 2026, environ 77% des céréales — blés et orges d’hiver — étaient désherbées à l’automne. Les données publiées dans la presse spécialisée indiquaient alors plus de 3 millions d’hectares traités avec du flufénacet et environ 2,5 millions d’hectares recevant du prosulfocarbe.
La situation du flufénacet a toutefois changé. Son approbation européenne n’a pas été renouvelée. En France, les produits concernés ont été retirés de l’AMM au 10 décembre 2025, avec une fin de commercialisation au 10 juin 2026 et une fin d’utilisation des stocks au 10 décembre 2026.
Quant au prosulfocarbe, il est soumis à l’utilisation d’un dispositif antidérive homologué et à des règles spécifiques lorsque des cultures non-cibles — vergers, plantes aromatiques, légumes ou cresson — se trouvent à proximité.
Quand privilégier le chlortoluron
Le chlortoluron est un pilier essentiel dans la boîte à outils disponible pour construire son programme de désherbage à l’automne. 500 g accompagné d’un partenaire suffisent à marquer une plus-value sur le rendement, et la dose pleine de 1 500 g créera une réelle différence sur l’ensemble des parcelles non drainées. Sur le blé dur, sur lequel le flufenacet manque de sélectivité, le chlortoluron sera la matière active de premier choix pour son efficacité et sa sélectivité. Il en va de même sur orge où les solutions se réduisent jusqu’à menacer d’impasses techniques.
1. Pour diversifier les modes d’action
Le chlortoluron appartient au groupe HRAC 5. Il présente donc un mode d’action différent de celui du prosulfocarbe et du flufénacet.
Cette diversité est importante dans les parcelles où les mêmes familles herbicides ont été utilisées régulièrement. Le raisonnement n’est pas simplement de chercher « le produit le plus fort », mais de limiter la sélection de populations résistantes en alternant ou en associant des modes d’action efficaces.
Le chlortoluron est une solution de gestion des ray-grass et des vulpins résistants à d’autres modes d’action, notamment les inhibiteurs de l’ALS.
2. Lorsque les vulpins et ray-grass sont difficiles à contrôler
Le chlortoluron devient particulièrement intéressant lorsque :
- La parcelle présente une forte pression de vulpin ou de ray-grass ;
- Des échecs ont été observés avec des produits foliaires ;
- Des résistances aux groupes ALS sont suspectées ou confirmées ;
- L’agriculteur souhaite introduire un mode d’action différent dans son programme;
- Le désherbage doit être positionné tôt, en prélevée ou en post-levée précoce.
Le chlortoluron possède une action principalement racinaire, complétée par une action foliaire. Il peut contrôler de jeunes adventices, à condition que le traitement soit positionné dans de bonnes conditions et que le lit de semences soit suffisamment régulier.
3. Lorsque la souplesse de positionnement est recherchée
Le chlortoluron peut être appliqué en prélevée ou en post-levée, jusqu’à la fin du tallage selon la spécialité et l’usage considéré. Cette souplesse permet d’adapter le traitement :
- À la date de semis ;
- À la dynamique de levée des adventices ;
- Aux conditions d’humidité du sol ;
- À la possibilité d’intervenir après la levée de la céréale.
Le chlortoluron peut être utilisé jusqu’à la fin février dans certaines situations de levées printanières de vulpins, de ray-grass, d’agrostis ou de pâturin. Cette possibilité dépend naturellement de l’étiquette du produit, de la culture, du stade et des conditions réglementaires.
4. Lorsque le flufénacet n’est plus disponible
Le retrait du flufénacet renforce l’intérêt stratégique du chlortoluron. Il ne peut pas être considéré comme un substitut parfait : les modes d’action, les spectres, les doses, les conditions d’emploi et les profils de sélectivité sont différents.
En revanche, il peut constituer un pilier des programmes futurs, notamment en association ou en programme avec d’autres herbicides. L’objectif est de reconstruire une stratégie diversifiée plutôt que de remplacer mécaniquement une matière active par une autre.
5. Lorsque le prosulfocarbe est difficile à positionner
Le prosulfocarbe reste une solution importante, mais ses conditions d’emploi peuvent être contraignantes. La présence de vergers, de cultures légumières ou de plantes aromatiques à proximité peut limiter les possibilités d’intervention avant récolte des cultures non-cibles.
Dans ce contexte, le chlortoluron peut être une alternative en programme mais attention aussi à bien s’assurer que la variété de blé est bien tolérante à 500 ou 1 800 g de chlortoluron, c’est le cas aujourd’hui des principales variétés cultivées.
6. Quelles sont nos recommandations ?
Recommandations Nufarm
Chlortoluron en pré-levée contre ray-grass et vulpin
- Application en pré-levée de chlortoluron 500 à 1 800 g/ha (1 à 3,6 L/ha).
- Associé à :
Du prosulfocarbe,
Du Flufenacet pour l’automne 2026
Du DFF
Objectif : construire une base racinaire robuste sur ray-grass et vulpin.
Chlortoluron en post-levée
- Positionnement du CTU en post-levée précoce (BBCH 12).
- Chlortoluron 500 à 1 800 g/ha (1 à 3,6 L/ha).
- Associé à :
Du prosulfocarbe,
Du Flufenacet pour l’automne 2026
Du DFF
Variétés tolérantes à 500g de Chlortoluron
- Utilisation de variétés de blé supportant de faibles doses de CTU.
- Pré-levée :
CTU 600 g + DFF 40 g (1 L/ha) + prosulfocarbe 2400 g.
Objectif : limiter les doses de chlortoluron tout en conservant l’efficacité
Programme dédié aux orges de printemps semées en sortie d’hiver.
- Pré ou post-précoce :
CTU 1 000 à 1 500 g/ha (2 à 3 L).
- Puis :
pinoxaden 1,2 L (+ anti-dicotylédones si nécessaire).
La stratégie Nufarm repose sur trois axes majeurs :Positionner le chlortoluron le plus tôt possible (pré-levée de préférence) Associer systématiquement un partenaire (Défi®, DFF, picolinafen, beflubutamide). Préparer l’après-flufénacet grâce aux nouvelles solutions aclonifen, bixlozone et cinmethylin tout en maintenant une efficacité élevée sur ray-grass et vulpin. |
Tableau de décision
| Situation de la parcelle | Chlortoluron | Prosulfocarbe | Flufénacet |
| Ray-grass ou vulpin résistant aux ALS | ✅Très pertinent pour diversifier le mode d’action | ✅Pertinent selon les contraintes de parcelle | ⚠️Intérêt historique, mais disponibilité limitée |
| Présence d’un verger ou d’une culture non-cible proche | ✅Très pertinent | ⚠️Positionnement potentiellement contraignant | ⚠️Pas de contrainte mais usage limité aux stocks autorisés jusqu’au 10 décembre 2026 |
| Blé dur | ✅Beaucoup plus sélectif que le flufenacet sur blé dur. | ✅Partenaire du CTU | ⚠️Attention à pas trop augmenter la dose à risque de phytotoxicité |
| Orge | ✅Historiquement le CTU s’appliquait sur orge, le retrait du flufenacet va rétablir cette situation. | ⚠️Attention à la sélectivité | ⚠️Compliqué sans flufenacet sur orge, le chlortoluron devient incontournable |
| Relevées en sortie d’hiver | ✅La matière active de référence | ❌Interdit | ❌Plus utilisable |
| Après le retrait du flufénacet | ✅Solution incontournable dans les programmes notamment sur orge | ⚠️Solution toujours importante mais soumise à des contraintes | ❌Plus utilisable |
À retenir
Le chlortoluron est surtout pertinent dans quatre situations :
- forte pression de vulpin ou de ray-grass,
- présence de résistances à d’autres modes d’action,
- nécessité de diversifier les programmes et
- recherche d’une alternative durable après le retrait du flufénacet.
Le prosulfocarbe conserve une place importante, avec environ 2,5 millions d’hectares couverts selon les chiffres professionnels disponibles mais le chlortoluron reste un pilier essentiel dans la gestion du désherbage automne qu’il convient de ne pas négliger.
La règle est d’adapter la dose de chlortoluron à la variété, au type de sol et au niveau d’infestation : généralement 500 à 1 500 g/ha, avec une limite réglementaire pouvant atteindre 1 800 g/ha, soit 3,6 L/ha de Clortosint®, selon l’usage homologué.